Cette fois-ci, j’ai décidé de m’attaquer à la question des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le but sera uniquement d’évaluer l’aspect sanitaire direct lié à la consommation d’OGM. Il ne sera donc pas question ici de justifier ou de condamner leur utilisation dans l’alimentation animale/humaine. En effet, les aspects économiques, éthiques et sanitaires indirects (impact sur l’environnement) doivent être pris en compte pour résoudre ce problème. Ici, nous allons uniquement voir si les OGM peuvent avoir un impact sur notre santé. La réponse à cette question est tout de même primordiale pour ouvrir le débat sur la consommation d’OGM.

Aujourd’hui, tout le monde semble avoir son avis sur les risques sanitaires associés aux OGM. Pourtant, d’après l’étude menée par le Dr. Hallman et son équipe en 2013 aux USA, 54% des personnes interrogées ne connaissent rien ou pas grand-chose aux OGM. En partant du principe que l’état des connaissances des francophones sur les OGM est similaire, il me semble donc opportun de voir avec vous ce qu’est un OGM, pour ensuite essayer de répondre à la question suivante : OGM, toxique ou pas ?

Un OGM c’est quoi ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont des organismes (végétal, animal) dont le matériel génétique (l’ADN) a été modifié artificiellement. La définition peut paraître simple, et pourtant si vous n’avez qu’une vague idée de ce qu’est l’ADN, son sens vous échappe sûrement. On va donc commencer par voir brièvement ensemble comment fonctionne l’ADN, pour que vous puissiez comprendre pleinement ce qu’est un OGM.

L’ADN c’est quoi ?

Comme vous, une plante est un organisme vivant. Si on zoome sur cet organisme, on y voit différents organes. Chacun de ces organes assure une fonction bien spécifique par le biais des cellules qui les composent. Les cellules sont des petits compartiments, semblables à des usines, qui consomment de l’énergie pour accomplir une tâche bien spécifique. Ces tâches sont effectuées par des molécules appelées protéines. L’assemblage de ces protéines est dicté par l’ADN, qui joue un rôle comparable à un manuel d’instruction. Une copie de l’ADN est présente dans chaque cellule de chaque organe de votre organisme. Simplement, selon l’organe considéré, la portion de l’ADN lu à l’intérieur des cellules concernées ne sera pas la même.

De l'ADN aux protéines
De l’ADN aux protéines

Comment fait-on des OGM ?

La création d’un OGM consiste donc à ajouter une nouvelle portion d’ADN, un nouveau gène, qui permet l’ajout d’une nouvelle protéine, permettant à son tour le gain d’une nouvelle fonction, chez un organisme donné. Cette technologie fut mise au point d’après l’étude d’un phénomène naturel. Agrobacterium tumefaciens est une bactérie (organisme unicellulaire) capable naturellement d’insérer une partie de son ADN dans l’ADN de certains végétaux. De cette façon, le végétal effectue la tâche dont la bactérie a besoin, à sa place. En mimant ce mécanisme, les sociétés de biotechnologie ont inséré des gènes bien définis dans des plantes afin de créer des végétaux résistant à des pesticides, des insectes ou encore produisant des compléments alimentaires.

Principe de création d'un OGM
Principe de création d’un OGM

Quel type de toxicité ?

Il faut pouvoir identifier les différents types de toxicité possibles pour révéler les différents risques potentiels. Ils pourraient être immédiats ou survenir sur le long terme. Ils pourraient être associés à un empoisonnement ou au déclenchement d’allergies. Ils pourraient être dus à la présence de la nouvelle protéine ou à la présence de la portion d’ADN ajoutée. Nombreux sont les paramètres à étudier pour répondre à la question de la toxicité.

Heureusement, le nombre d’études scientifiques sur ces différents sujets ne cesse de croître. Elles sont cependant généralement peu mises en avant. En effet, l’étude menée par Turker et son équipe en 2013 montre que le public se documente sur les OGM à 75% via la télévision/radio contre seulement 10% via les rapports scientifiques. Or le relais d’informations via des intermédiaires peut aboutir à des rapports incomplets voir erronés. Un exemple soulevé par l’étude de Aleksejeva et son équipe montre que 68% des Lettons (habitants de la Lettonie) pensent que le gène rajouté dans la plante OGM peut être transmis à l’ADN de la personne qui la mange et ainsi être transmis aux générations suivantes (cela n’est pas le cas).

Une toxicité à étudier au cas par cas ?

Voyons ensemble différents exemples d’études ayant investigué la toxicité des OGM pour vous en convaincre. Pour rendre la chose le plus lisible possible, je vous ai généré un tableau récapitulatif d’après la revue de José L. Domingo publiée en 2011.

Tableau récapitulatif des études toxicologiques vis-à-vis de la consommation d'OGM
Tableau récapitulatif des études toxicologiques vis-à-vis de la consommation d’OGM

La globalité des études est effectuée chez le rat, qui est considéré comme un bon modèle pour les études toxicologiques. De plus, les doses utilisées sont généralement bien supérieures à celle que consomme quotidiennement l’Homme. Enfin, la toxicité d’une plante OGM se fait toujours par comparaison à la toxicité de la plante naturelle, car les plantes peuvent être naturellement toxiques (ex. allergies). Le tableau résume une partie des études qui ont été menées. La majorité des produits testés ne montrent aucun danger pour la santé des animaux. Une seule étude met en évidence les risques associés au cumul de trois produits distincts (Maïs MON 863+810+NK603). Quelques études mettent aussi en évidence un impact sur le métabolisme de la part de certains produits, notamment le riz KMD1, Cry1Ab et associé à la lectine.

Il ne semble donc pas possible de généraliser sur les risques sanitaires associés aux OGM. Certains produits n’en présentent aucun, d’autres au contraire ont un impact mesurable sur l’organisme. En fait, chaque produit étant différent, des études au cas par cas sont nécessaires pour conclure quant à leur sûreté. Si un produit est déclaré sans risque pour la santé, il peut donc être consommé. Je ne parle pas des travaux effectués par le Dr. Gilles-Éric Séralini qui montraient un lien entre la consommation d’OGM et le développement tumoral, puisque celle-ci fut invalidée par la suite (je vous conseille cette vidéo de Dirty Biology, qui revient brièvement sur cette étude).

Le débat est ouvert

Attention cependant, l’absence de toxicité intrinsèque d’un produit OGM ne justifie pas à elle seule son utilisation. En effet, les OGM peuvent être le vecteur d’une toxicité extrinsèque via les herbicides (potentiellement toxiques), mais aussi avoir un impact (négatif) économique et éthique non négligeable. Je vous conseille cet article pour en apprendre plus sur les impacts économiques et environnementaux, que je n’ai pas traité ici. Vous noterez que je n’ai pas traité non plus des animaux OGM destiné à la consommation (le saumon notamment), cette pratique n’étant pour l’instant qu’à ses balbutiements. Un dernier conseil avant de vous laisser, restez ouvert au débat, et restez critique, surtout vis-à-vis de votre propre positionnement.